Stéphane Vial, chercheur philosophe et pédagogue en design et culture numérique, nous présente son point de vue sur la définition du sens du mot design, sur les origines de la profession et la manière dont la société perçoit les nouvelles conceptions induites.

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1. Design & numérique    

Selon Stéphan Vial, « design » ne peut pas être utilisé comme un adjectif, car il constituerait un terme à la mode qui signifie « beau, moderne, innovant, extravagant, … » or, si l’on se base sur l’étymologie du terme « design », qui vient non pas de l’anglais comme nous pourrions le penser mais du latin, il signifie « marquer d’un signe différent. » Cependant, en anglais, le terme « design » peut se traduire par « concept », dès lors « designer » par « concepteur. » C’est la raison pour laquelle la profession ne tient pas à la francisation du mot design.

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Le conférencier retrace également une brève évolution chronologique de la signification du mot « design », dans les années 50 avec Jacques Vienot, design signifie « beau, esthétique » et se rattache principalement au concept de la décoration. Ensuite, pendant la période marquée par Jacques Toubon, même s’il y a toujours cette dérive esthéticienne, le designer est plutôt considéré comme un « stylicien. » Enfin, pour les contemporains de Lindsay, le designer est considéré comme un concepteur.

Par ailleurs, l’enseignement du design a lui aussi évolué depuis le 19ème siècle, puisqu’à cette époque on parlait « des écoles des beaux-arts » avec la séparation de l’enseignement des arts et des arts appliqués. Cependant, en 1919 en Allemagne, l’école Bauhaus s’impose. Celle-ci enseigne les arts (arts plastiques et architecture), l’artisanat, la technologie et les sciences. Ceci constitue un modèle pédagogique interdisciplinaire et préconise un apprentissage en atelier en binôme.

Cette tradition du Bauhaus a été supprimée par les Nazis en 1933, cependant elle a pu renaître après la 2ème guerre mondiale. Si en Allemagne le Bauhaus constitue la fusion des arts, des arts appliqués et du design, en France par contre, ces cultures sont scindées mais complémentaires.

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    2. Industrial Design:
    esthétique et fonctionnalité

Dans cette deuxième partie, nous découvrons divers parallélismes entre le design industriel européen et américain. Au début des années 1900 en Europe, ce sont surtout les architectes et l’école Bauhaus qui se chargent de l’évolution du design industriel. Aux Etats-Unis, à Seattle, dans les années 20, se crée la première agence de design industriel, appelée TIG (Trans Innovation Group) qui est d’ailleurs toujours en activité.

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Pendant 40 ans, la profession se développe en se revendiquant « l’antidote à la crise » en permettant de dynamiser les ventes de produits dont on a repensé la fonctionnalité, l’ergonomie et/ou l’esthétique. En 1957, toutes les sociétés de design se sont regroupées pour former aujourd’hui la World Design Organisation.

Si pour le design industriel à la française et à l’américaine la préoccupation principale est « la forme suit la fonction » comme dans la nature, la branche américaine assume que la forme et la fonction sont étroitement liées à la vente ou au marketing. Contrairement à la française, pour qui la forme et la fonction permettent la quête du vrai et du beau, et donc, pour qui l’aspect commercial est secondaire.

En Amérique, on voit apparaitre le terme « packaging design » qui met en évidence la vision très marketing du design industriel. Dès lors apparait un système d’alliance entre le design et le marketing. C’est la raison pour laquelle les entreprises créent des départements de design. Cependant, au 20ème siècle, on voit apparaitre une crise morale au sein des créateurs européens. En effet, le design étant de plus en plus associé à l’aspect mercantile et à la standardisation du design industriel, certains auteurs notamment Ettore Sottsass, expriment leur désarroi face à la connotation négative de leur métier à cause du marketing.

A partir des années 90, avec la création du web en Suisse, le design fait dès lors référence aux techniques, au savoir-faire et au numérique. Selon les époques, notre rapport à la technologie a fortement évolué. A la Renaissance, on assiste à la valorisation des techniciens, tel Leonard De Vinci et les autres « génies de l’esprit » de son époque, qui étaient interdisciplinaires. Par la suite, les sciences et les arts s’étant trop spécialisés, sont donc devenus des disciplines très distinctes et dès lors n’ont plus permis cette émergence de créateurs à la fois scientifiques et artistes.

Mais aujourd’hui, grâce au développement des technologies notamment dans le numérique, la technique retrouve ses titres de noblesse en permettant « l’éloge de l’objet » dans un monde où la matière se retrouve au centre de l’attention.

Éliminer les peurs et les fantasmes pour analyser les problématiques.

3. Technique, milieu et perception    

La technique ne doit pas être seulement considérée en tant qu’outil mais également en tant qu’environnement dans le sens milieu de vie. A la Renaissance, les nouvelles techniques dominantes concernaient l’eau et le bois qui sont des matériaux vivants et qui faisaient partie du milieu de vie de la société. Cependant, la perception qu’avait la société de ces nouvelles technologies a évolué en fonction de leur utilisation et de leur maitrise.

Chaque technique présente des propriétés qui lui sont propres tout comme les changements de perception qu’elle induit. Monsieur Vial souligne qu’il existe une liaison « entre la qualité de la technologie et l’ambiance perceptible du milieu dans lequel on vit. » Aujourd’hui les techniques dominantes numériques ont évolué depuis 1920 avec l’électronique, puis dans les années 40-50 avec les algorithmes, et finalement aujourd’hui avec le réseau, le web.

chapitre3

L’évolution de nos perceptions dépend de la technique utilisé et la manière dont chaque technique nouvelle apparait. En effet, nous devons à chaque fois nous adapter aux nouveautés. Il faut rendre sensible le citoyen à cette subtilité de la relation entre technique et perception, il faut reconfigurer en modifiant le cadre technique, le milieu.

« Depuis le début de l’humanité, l’homme a toujours cherché à créer des outils, des machines pour leur déléguer ses tâches. » Si aujourd’hui, les robots peuvent nous déstabiliser et nous inquiéter, Il ne faut pas oublier que chaque innovation implique plus de possibilités mais également des questionnements quant aux problématiques.

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